Une professeure de l’Université Concordia réalise une étude sur les querelles enfantines comme moteurs de progrès moral
Montréal, le 12 mars 2013 – Nous ne nous souvenons probablement pas d’avoir été méchants un jour envers notre petite sœur ou de nous être battus dans la cour d’école. Une étude récente indique toutefois que ces deux types de conflits peuvent conduire l’enfant à distinguer le bien du mal. En différenciant la discorde entre frères et sœurs de celle qu’expérimentent les amis, cette recherche pourrait aider les parents et les éducateurs à enseigner aux jeunes à tirer des leçons de ces manifestations hostiles.

<< Holly Recchia est membre du Centre de recherche en développement humain
La professeure Holly Recchia, du Département des sciences de l’éducation de l’Université Concordia, a participé à la rédaction d’un article à paraître dans la revue Child Development. Avec ses collaborateurs, elle a demandé à des jeunes de 7, 11 et 16 ans de se remémorer des situations où ils avaient fait mal à une sœur ou un frère cadet ou encore à un camarade. D’autres études ont déjà démontré que l’amitié joue un rôle important dans le développement moral des enfants. Par contre, celle-ci analyse pour la première fois leurs témoignages en vue d’explorer les différences entre les conflits qui opposent des membres d’une même fratrie et ceux qui mettent aux prises des amis.
Interrogés sur le tort qu’ils avaient causé à un copain, les enfants avaient tendance à relater des incidents relativement bénins où l’autre avait fait preuve de malhonnêteté ou d’insensibilité, à affirmer qu’ils avaient de bonnes intentions ou à invoquer des circonstances atténuantes. Tout se passe comme s’ils prenaient garde de ne pas heurter leurs camarades. Cette précaution se vérifie particulièrement chez les plus jeunes répondants, pour qui les relations d’amitié apparaissent comme des rapports fragiles, susceptibles de se briser aisément.
Selon ces entrevues, quand il réfléchit au dommage involontaire qu’il a infligé à un ami, l’enfant apprend à tenir compte des besoins et des sentiments d’autrui. Il prend conscience des malentendus en jeu, des problèmes de communication ainsi que des conséquences réelles et non voulues de ses gestes. Les parents ou les aidants témoins de ces incidents peuvent ensuite l’amener à en saisir la portée.
Par ailleurs, en donnant des exemples de dispute avec un frère ou une sœur, les répondants admettaient plus facilement s’être emparés d’un objet qui ne leur appartenait pas ou s’être montrés carrément blessants ou brutaux, par exemple en injuriant l’autre ou en s’en moquant. Ils estimaient avoir été provoqués par le plus jeune et jugeaient ces incidents caractéristiques des rapports entre membres de leur fratrie. Les chercheurs en concluent que les deux types de conflits constituent des occasions « différentes mais complémentaires » de progrès social et moral.
Lorsqu’ils racontaient des situations où ils avaient mis à mal un plus jeune de la famille, les enfants tendaient davantage à évoquer la gratuité du conflit ainsi que des sentiments de regrets ou de remords. « Cela signifie que les querelles entre frères et sœurs leur fournissent l’occasion d’évaluer leur comportement et de mieux appréhender le caractère cyclique et inflationniste des conflits qu’ils vivent », explique la professeure Recchia, également membre du Centre de recherche en développement humain. Les parents, souvent appelés à intervenir dans les disputes de leur progéniture, peuvent saisir l’occasion pour engager une réflexion morale sur le sujet.
Les auteurs de l’étude ont par ailleurs constaté que les différences observées s’estompaient avec le temps, pour devenir moins prégnantes chez les répondants de 16 ans. Ils attribuent cette évolution au fait que les amitiés apparaissent plus durables aux yeux des adolescents et que leurs rapports avec les cadets de la famille perdent de leur charge émotive.
Liens connexes :
- Département des sciences de l’éducation de l’Université Concordia
- Centre de recherche en développement humain
- Profil de recherche de Holly Recchia à Concordia
Source :
Cléa Desjardins
Conseillère principal, relations avec les médias
Service de communications de l'Université Concordia
Université Concordia
Téléphone : 514 848-2424, ext. 5068
Courriel : clea.desjardins@concordia.ca
Web : concordia.ca/now/media-relations
Twitter : twitter.com/CleaDesjardins
