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Les défis de la formation pratique en enseignement

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Une chercheuse de Concordia s’intéresse aux difficultés vécues par les étudiants-maîtres

Montréal, le 8 novembre 2012 – « C’est la chose la plus difficile que je n’aie jamais eu à faire, sur le plan affectif et mental. » Ces paroles ne correspondent pas à l’idée qu’on se fait généralement de l’expérience vécue par les étudiants en enseignement. Chaque année, des milliers d’entre eux s’engagent dans le parcours au terme duquel ils deviennent maîtres, mais l’histoire de ceux qui doivent travailler durement échappe souvent à nos conversations. 
 
Anita Sinner
<< Anita Sinner, chercheuse et professeure au Département d’éducation artistique de l’Université Concordia
 
« Les enseignants en formation préalable qui éprouvent des difficultés n’ont pas vraiment l’occasion de comparer leurs expériences en début de carrière avec celles de leurs prédécesseurs, souligne Anita Sinner, chercheuse et professeure au Département d’éducation artistique de l’Université Concordia. 
 
Cette lacune magnifie l’impression qu’ils ont de ne pas avoir leur place au sein de la profession à laquelle ils souhaitent consacrer leur vie active. » En examinant les défis que doit affronter une personne durant son passage du statut d’étudiante à celui d’enseignante, la Pre Sinner entend mettre en évidence les pressions rattachées à l’enseignement. Elle travaille d’ailleurs à imprégner la culture pédagogique de nouvelles perspectives à l’égard de la profession.
 
Dans un article publié par la revue à comité de lecture Teachers and Teaching: Theory and Practice, Anita Sinner propose ce qu’elle appelle une « critique de l’intérieur ». Son analyse porte sur Nathalie, une jeune étudiante en enseignement qui effectue un stage. 
 
Nathalie se sent stimulée en classe, où on l’encourage à aborder sa formation sous l’angle de la quête autonome de connaissances, de l’acquisition de perspectives interdisciplinaires, de la collaboration avec les élèves et les enseignants, ainsi que de la pratique continue de l’écriture réflexive et de l’expression visuelle. Toutefois, elle se sent soumise à des contraintes étouffantes dans sa formation pratique, qui continue de suivre le modèle du tutorat. Dans ce contexte, ses compétences sont remises en question non pas par les élèves de 8e année auxquels elle enseigne les arts, mais plutôt par la tutrice censée lui communiquer sa sagesse et lui offrir conseils et soutien.
 
« C’était une relation très étrange, écrit Nathalie. Par moments, j’avais l’impression qu’elle n’avait aucune réticence à partager sa classe avec moi. Puis, un incident venait me rappeler que j’étais une intruse dans son territoire. De plus, quand elle avait l’occasion de m’aider, elle ne le faisait pas. Une fois, elle m’a carrément demandé si je connaissais la moindre chose au dessin. C’est dans ce type d’ambiance que s’est déroulé mon stage. »
 
Ce fossé entre formation en classe et stage en enseignement primaire est un peu paradoxal. En effet, des étudiants comme Nathalie apprennent à devenir enseignants en se comportant comme s’ils avaient déjà maîtrisé les connaissances et les compétences nécessaires. Ils se voient ainsi contraints de conjuguer les fonctions d’étudiant et de maître, ce qui peut être très délicat puisque ces deux rôles sont appelés à se remettre mutuellement en question. Cette expérience peut susciter chez les étudiants un certain questionnement d’ordre déontologique.
 
« Les pratiques actuelles rendent certains enseignants en formation préalable vulnérables à l’exploitation, commente Anita Sinner. Les tiraillements dont témoigne Nathalie soulèvent d’importantes questions sur le modèle du tutorat et la valeur de l’expérience sur le terrain. » À la lumière des travaux de la chercheuse, on peut se demander si le stage en milieu scolaire demeure le moyen le plus efficace de préparer les nouveaux maîtres à l’enseignement en classe.
 
Au final, la chercheuse voit en ce projet le début d’une étude plus vaste susceptible d’englober d’autres disciplines. « Ces observations ne s’appliquent pas seulement aux étudiants-maîtres, explique-t-elle. La formation en milieu de travail fait partie des exigences de nombreux programmes d’études, par exemple en sciences infirmières, en médecine, en travail social, en droit, en architecture et en génie. En lançant ce dialogue sur la formation pratique, nous pouvons aider la prochaine génération d’enseignants, d’avocats, de médecins, d’ingénieurs et d’architectes à s’exprimer au sujet des difficultés qu’ils vivent en cours d’apprentissage et, ainsi, améliorer leur expérience de formation. »
 
Partenaire de recherche : Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
 
Liens connexes
  • Département d’éducation artistique de Concordia : http://art-education.concordia.ca 
  • Profil d’Anita Sinner : http://art-education.concordia.ca/people/faculty/full-time/sinner-anita.php
  • Revue Teachers and Teaching: Theory and Practice http://www.tandfonline.com/toc/ctat20/current 

Source :

Cléa Desjardins
Conseillère principal, relations avec les médias
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