Selon une étude de Concordia, la mémoire de la truite arc-en-ciel dépendrait de son tempérament
Montréal, le 23 octobre 2012 – Outre leurs yeux vitreux et leurs écailles visqueuses, les poissons ne brillent certes pas par leur personnalité. Pourtant, chez la truite arc-en-ciel, le tempérament pourrait entraîner deux résultats fort différents : éviter un prédateur, d’une part; se retrouver face à face avec lui, d’autre part.

Grant Brown est professeur de biologie à l'Université Concordia
En effet, d’après Grant Brown, professeur de biologie à l’Université Concordia, le caractère d’un poisson influencerait le mécanisme de réponse à la menace et, partant, la connaissance que l’animal tire de l’expérience. Dans une nouvelle étude parue dans la revue en ligne Behavioral Ecology and Sociobiology, le Pr Brown fait la démonstration suivante : les truites plus audacieuses perdent le souvenir de l’odeur de leurs prédateurs – et par conséquent de la menace potentielle qu’ils incarnent – plus rapidement que leurs pareilles plus craintives.
« Puisqu’il leur faut concilier des exigences contradictoires – soit éviter les prédateurs, mais chercher de la nourriture –, les organismes doivent être en mesure de cerner les risques et de les évaluer. La capacité de distinguer ce qui constitue ou non une menace prédatrice leur permet de ne gaspiller ni temps ni énergie à réagir à de faux dangers », explique le Pr Brown, qui a entrepris la présente étude avec l’aide de ses étudiants et la collaboration d’homologues de l’Université de la Saskatchewan.
Les prédateurs peuvent surgir n’importe où et n’importe quand. Aussi, l’acquisition et la mémorisation de l’information sur la menace prédatrice, de même que la capacité à se la rappeler ultérieurement, sont essentielles à une évaluation plus juste des risques éventuels. Incidemment, cette notion ne s’applique pas qu’aux seuls poissons.
Le Pr Brown et son équipe se sont intéressés à la durée pendant laquelle la jeune truite arc-en-ciel garde en mémoire l’information qu’elle a précédemment acquise au sujet d’un prédateur. Ils se sont aussi demandé si cette durée pouvait être fonction du tempérament – craintif ou audacieux – du poisson.
Toutefois, il n’existe aucun test de personnalité pour les poissons. Pour pallier cette lacune, le Pr Brown et ses collaborateurs ont dû déterminer si les truites de l’étude étaient craintives ou audacieuses. Pour ce faire, ils ont chronométré la vitesse à laquelle elles s’échappaient des bassins d’essai une fois qu’ils en avaient retiré une cloison en plexiglas. Les truites qui nageaient rapidement manifestaient un tempérament audacieux : elles couraient le risque. À l’opposé, celles qui se déplaçaient plus prudemment révélaient un caractère plus craintif : elles évitaient le risque.
Les chercheurs ont conditionné chacune des truites à reconnaître l’odeur du crapet-soleil, un prédateur potentiel. Après 24 heures, puis huit jours plus tard, ils ont vérifié si les poissons traités discernaient toujours cette odeur.
Le Pr Brown a constaté que le tempérament d’un poisson détermine la durée pendant laquelle il retient une information. Ainsi, au cours de la phase de conditionnement et dans les 24 heures suivantes, les truites – peu importe leur caractère – reconnaissaient l’odeur du crapet-soleil.
Toutefois, au bout de huit jours, les craintives affichaient toujours une réaction acquise à l’odeur du prédateur, et ce, contrairement aux audacieuses. Ne serait-ce que pour la truite arc-en-ciel, ces résultats donnent à penser que la propension d’un individu à accepter le risque façonne la mémorisation des connaissances qu’il acquiert, mais pas son apprentissage en tant que tel.
Partenaires en recherche : Cette recherche a été subventionnée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.
Liens connexes
- Département de biologie de l’Université Concordia
- Profil de recherche du Pr Brown à Concordia
- Revue Behavioral Ecology and Sociology
Source :
Cléa Desjardins
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