L’évaluation des fonctions exécutives est essentielle au dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer, montre une étude de Concordia
Montréal, le 10 septembre 2012 – Au moment où la maladie d’Alzheimer est diagnostiquée chez les personnes âgées, les dommages au cerveau sont irréversibles. Pour l’instant, la médecine moderne ne peut que freiner l’évolution de cette pathologie, ne possédant aucun moyen de l’enrayer. Mais qu’en serait-il si l’on pouvait déceler les signes précurseurs de l’Alzheimer avant l’apparition de lésions importantes et irréversibles au cerveau?

Erin Johns, doctorante au Département de psychologie de l'Université Concordia >>
Telle est la question qu’a posée Erin K. Johns, doctorante au Département de psychologie de l'Université Concordia et membre du Centre de recherche en développement humain (CRDH), lorsqu’elle a entamé ses recherches sur les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs légers (TCL). Ces personnes manifestent de légères déficiences de la mémoire ainsi que de fonctions dites « exécutives » comme l’attention, la planification et la résolution de problème. Bien que ces troubles soient bénins, ils s’accompagnent chez les adultes d’un risque élevé d’apparition future de la maladie d’Alzheimer.
« Nous voulions contribuer à l’élaboration d’outils de dépistage plus fiables afin que les personnes à risque pour cette affection puissent être ciblées par des stratégies de prévention visant à stopper la dégénérescence du cerveau », explique Mme Johns.
Publiée dans la revue Journal of the International Neuropsychological Society, la nouvelle étude a été financée par le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement (RQRV) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Dans le cadre de leurs travaux, Erin K. Johns et ses collègues ont observé que les TCL touchent plusieurs fonctions exécutives, la principale étant l’inhibition.
Or, l’inhibition est essentielle à la maîtrise de soi. C’est elle qui nous permet par exemple de résister à l’envie d’acheter une friandise à la caisse de l’épicerie ou de mentionner le gain de poids évident d’un membre de la famille que l’on n’a pas vu depuis un certain temps. Par ailleurs, les adultes atteints de TCL avaient de la difficulté dans les épreuves sur la capacité de planification et d’organisation.
La chercheuse et ses collègues ont ainsi noté la déficience d’au moins une fonction exécutive chez tous leurs sujets adultes atteints de TCL de même que de mauvaises performances dans l’ensemble des épreuves sur les fonctions exécutives dans près de la moitié des cas. Ces résultats tranchent nettement avec ceux des épreuves de dépistage et des entretiens cliniques courants, qui ne révélaient des déficiences que chez 15 pour cent des sujets atteints de TCL.
« Il est difficile pour les patients et leur famille de signaler ces troubles des fonctions exécutives, car les gens ne savent pas nécessairement les reconnaître au quotidien, affirme Mme Johns. C’est pourquoi l’évaluation neuropsychologique est importante. »
Les déficiences des fonctions exécutives ont une incidence sur la vie quotidienne de la personne atteinte, limitant sa capacité à planifier et à organiser ses activités. Des tâches toutes simples comme faire des commissions ou décider s’il faut aller chez le nettoyeur ou au supermarché peuvent être difficiles pour les adultes atteints de TCL. La détection précoce de ce type de problème pourrait améliorer les soins offerts aux patients et faciliter la planification de leurs traitements.
« En omettant de relever ces déficiences, nous ratons l’occasion d’intervenir auprès des patients et de leur famille pour les sensibiliser à la maladie et les aider à s’adapter », ajoute Erin K. Johns. En collaboration avec sa directrice, Natalie Phillips, la chercheuse mène actuellement au Département de psychologie de Concordia et au CRDH une étude de suivi financée par la Société Alzheimer du Canada et les IRSC. Elle espère que ces travaux plus poussés contribueront à élucider les causes de l’apparition de ces déficiences à un stade si précoce de la maladie d’Alzheimer et favoriseront la mise au point d’autres outils de dépistage encore plus sensibles.
Prix de recherche : L’excellence de ce projet a été reconnue par l’Institut du vieillissement des IRSC, qui a décerné à Erin K. Johns son prix Age+.
Liens connexes :
- Département de psychologie de l’Université Concordia (en anglais)
- Centre de recherche en développement humain (en anglais)
- Prix Age+ de l’Institut du vieillissement des IRSC
Source :
Cléa Desjardins
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