Selon une étude de Concordia, des facteurs externes influencent les opinions au sujet de l’abus de substances
Montréal, le 12 mars 2012 – Pour prévenir la consommation de substances chez les préadolescents, peut-être faudrait-il les inciter à contrôler leurs pensées.
D’après une nouvelle étude publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs et codirigée par les professeurs Roisin O’Connor de l’Université Concordia et Craig Colder de l’Université de l’État de New York à Buffalo, les préadolescents sont indiscutablement ambivalents face aux cigarettes et à l’alcool. Il semble en effet que les jeunes attribuent autant de qualités que de défauts à ces substances nocives et qu’ils n’ont pas encore décidé d’une ligne de conduite à leur égard. Et parce qu’ils sont particulièrement sensibles aux influences sociales, leur éventuel passage à l’acte durant ces années formatives dépend fortement de l’image de la consommation de drogues dressée par les médias ainsi que de la pression des pairs.
« La fin de l’enfance et l’adolescence, marquées par l’initiation à l’alcool et à la cigarette, puis par leur consommation accrue, constituent une importante période développementale pour examiner les précurseurs de l’abus de substances, explique Roisin O’Connor, professeure adjointe au Département de psychologie de Concordia. Nous avons conduit cette étude pour mieux comprendre les facteurs qui exposent les préadolescents à l’initiation à ces produits afin de pouvoir déployer plus efficacement des mesures de prévention. »
L’étude montre que les jeunes considèrent impulsivement et automatiquement ces substances comme mauvaises, mais qu’ils peuvent très facilement surmonter leurs a priori et penser qu’elles sont bonnes dès lors qu’on leur demande de les associer à des mots positifs. « Cela suggère que ce groupe d’âge est en quelque sorte ambivalent à l’égard de l’alcool et du tabac. Or, nous devons être attentifs lorsqu’un préadolescent est ambivalent, car c’est précisément le moment où il est le plus vulnérable aux influences sociales », poursuit la professeure O’Connor.
Selon cette dernière, la consommation d’alcool et de tabac dans ce groupe d’âge dépend de processus décisionnels à la fois impulsifs (agir sans réfléchir) et contrôlés (peser le pour et le contre). Dans le cadre de la recherche, ces deux processus ont par conséquent été examinés pour mieux comprendre le risque de commencer à consommer ces produits.
Pour cela, près de 400 enfants âgés de 10 à 12 ans ont participé à un test informatique comportant des tâches ciblées. Les préadolescents devaient associer des images de cigarettes et d’alcool à des mots négatifs ou positifs. Certains exercices, en outre, consistaient à classer des images d’alcool associées à un mot positif dans une catégorie donnée, et des images d’alcool associées à des mots négatifs dans une autre catégorie.
« À partir de là, nous avons évalué à quel point les participants pouvaient classer les images exactement comme on le leur demandait. À l’aide d’une formule probabiliste, nous avons pu déterminer à quelle fréquence les réponses résultaient de processus impulsifs ou réfléchis », précise la professeure.
La prochaine étape de l’étude vise à suivre les enfants sur le long terme. L’hypothèse de cette recherche veut que dès que les préadolescents commencent à consommer de l’alcool et du tabac, leurs a priori négatifs à l’égard de ces substances subissent un net affaiblissement. Ainsi, le désir l’emportera finalement sur les coûts. On s’attend également à ce que les jeunes continuent de se montrer plus facilement sensibles aux avantages qu’aux inconvénients de l’alcool et du tabac.
« Nous aimerions suivre les enfants avant qu’ils ne commencent à boire ou à fumer et jusqu’aux premières années de consommation afin de voir comment ces différents procédés entrent en jeu, conclut la professeure O’Connor. Nous souhaitons à terme aider les enfants à mieux contrôler leurs pensées à ce sujet. Aujourd’hui, on insiste tellement sur l’importance de leur dire que ces substances sont mauvaises, alors que notre étude montre qu’ils le savent déjà. Le problème n’est donc pas là, mais réside plutôt dans la probabilité que des facteurs externes les affranchissent de leur ambivalence et les poussent à consommer. Au niveau scolaire, je pense qu’il faut aider les enfants à surmonter leur ambivalence au moment où ils devront choisir de consommer ou non ces substances. »
Partenaires de recherche: Cette recherche a été financée par une subvention de l'Institut national américain sur l'abus des drogues.
Liens connexes :
- Article « Understanding student drinking »
- Département de psychologie de Concordia
Source :
Cléa Desjardins
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