Une recherche des universités Concordia et McGill révèle que le sevrage précoce des nouveau‑nés canadiens-français les exposait à un taux de mortalité disproportionné
Montréal, le 20 décembre 2011 — Au XIXe siècle à Montréal, l’allaitement maternel a eu pour effet d’augmenter les chances de survie des nourrissons de deux manières, selon les résultats d’une recherche menée par les universités Concordia et McGill. D’une part, le lait maternel protégeait les nourrissons fragiles du risque d’infection par les bactéries fécales qui avaient contaminé l’eau et les aliments; d’autre part, l’allaitement retardant le retour à la fécondité, il permettait d’espacer les naissances, améliorant ainsi la santé des mères et, par conséquent, celle de leurs futurs enfants.
Cette étude, fondée sur les données des registres civils des sépultures de Montréal et du recensement de 1891 et dont les résultats ont été publiés dans la revue Population Studies, s’est intéressée à l’effet de la pauvreté, du manque d’hygiène, de la maladie et de différents facteurs culturels sur les taux de mortalité néo-natale et infantile.
« L’alimentation des nourrissons et en particulier la durée de l’allaitement maternel, l’âge auquel étaient introduits les aliments solides et la saison choisie pour le sevrage agissaient sur les chances de survie des nourrissons et étaient dictés par les habitudes culturelles », explique Patricia Thornton, auteure principale de l’étude et professeure au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia.
Les femmes des groupes culturels qui arrêtaient plus tôt l’allaitement maternel, notamment avant l’été lorsque l’élévation des températures, la sécheresse et la baisse de la nappe phréatique multipliaient les risques de contamination, avaient plus de chances d’avoir rapidement un autre enfant et étaient moins susceptibles de limiter la taille de leur famille. Tous ces phénomènes exerçaient une influence négative sur la santé de la mère et de sa future progéniture.
« La pauvreté, la forte densité de population, la surpopulation des logements et les maladies contagieuses agissaient sur les taux de mortalité infantile. Pourtant ces effets variaient selon l’identité culturelle », indique la professeure Sherry Olson du Département de géographie de l’Université McGill et coauteure de l’étude.
Rôle des facteurs culturels
Les deux chercheuses avaient d’excellentes raisons d’étudier la santé au XIXe siècle à Montréal. La ville comptait à cette époque trois groupes culturels bien définis : les Canadiens français, les Irlandais catholiques ainsi que les Anglais et les Irlandais protestants. Chaque groupe avait son propre profil résidentiel et professionnel.
« En ce qui concerne la mortalité infantile, les facteurs culturels ont pris le pas sur la situation socio-économique, poursuit Patricia Thornton. Même si les catholiques francophones et irlandais appartenaient pratiquement tous à la classe ouvrière, le fait que les Irlandais catholiques se mariaient plus tard et que les femmes allaitaient plus longtemps a contribué à protéger leurs nourrissons et leurs enfants, alors que les nourrissons canadiens-français pâtissaient d’un sevrage précoce. »
Selon l’étude, les Canadiennes françaises sevraient plus tôt leurs nourrissons, avaient plus d’enfants et espaçaient moins les naissances. De plus, les nourrissons canadiens-français qui survivaient à leur première année étaient plus susceptibles de présenter des accès de diarrhée, qui les rendaient plus vulnérables aux maladies infantiles courantes.
Pauvreté et maladie
La situation économique, les conditions environnementales et le profil des quartiers influaient sur la santé et la longévité des nouveau-nés et des enfants. La forte densité démographique et la surpopulation des logements ont contribué à la propagation de maladies contagieuses, au même titre que la proximité avec les chevaux.
« S’il est vrai que les enfants canadiens-français occupent une part disproportionnée dans les statistiques de mortalité urbaine, précise la professeure Thornton, il faut savoir que ceux qui atteignaient l’âge de 10 ans avaient autant de chances de survivre que les autres et des chances de survie bien supérieures à celles des Irlandais catholiques de sexe masculin. »
Pourquoi Montréal?
« L’exceptionnelle qualité des registres de Montréal nous a donné l’occasion rare d’étudier une métropole nord-américaine en 1881 et d’illustrer les effets de la pauvreté sur la mortalité infantile ainsi que sur la mortalité la vie durant », ajoute la professeure Olson. La chercheuse fait remarquer que Montréal est l’une des rares villes industrielles dont la très grande qualité des registres permet d’examiner la mortalité sous l’angle d’un large éventail de facteurs sociaux et environnementaux.
« À Montréal en 1881, la coexistence de trois communautés culturelles vivant dans des conditions socio-économiques très différentes nous a permis d’étudier la manière dont les conditions sociales agissent sur la survie et l’espérance de vie », conclut la professeure Thornton.
Partenaire de recherche
Cette étude a bénéficié de l’appui du Conseil de recherches en sciences sociales du Canada.
Liens connexes :
- Étude citée
- Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia
- Département de géographie de l’Université McGill
Source :
Fiona Downey
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