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Les accommodements raisonnables signent-ils l'émergence d'un nouveau racisme?

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Un feu qui couve depuis la Révolution tranquille? Parution d’une étude de Concordia sur la manière dont les politiciens et les médias ont opposé les immigrants aux « valeurs québécoises »

Montréal, le 15 décembre 2011 – Tout porte à croire que l’histoire se répète une fois de plus. La publication récente de « l’énoncé de valeurs » de Gatineau, l’une des plus grandes villes du Québec, n’est pas sans rappeler la polémique raciale que le village d’Hérouxville déclencha en 2007 après avoir adopté un code de conduite pour les nouveaux arrivants.

L’intolérance et le racisme engendrés par la parution du « code de vie » d’Hérouxville et la controverse sur les accommodements raisonnables à laquelle elle a donné lieu ont non seulement pesé sur les élections provinciales de 2007, mais ont aussi contribué à présenter les minorités ethniques comme des menaces pour la société québécoise.  

Pourtant, une recherche menée à l’Université Concordia et publiée dans l’édition canadienne du Global Media Journal révèle que le feu du racisme et de l’intolérance couve depuis la Révolution tranquille. Les hostilités ont été simplement ravivées par les politiciens et les médias avides de dénoncer de nouveaux exemples d’animosité ethnique à l’égard de la norme « québécoise raisonnable ».

Selon Alan Wong, doctorant à un programme spécial d’études individualisées de Concordia, la Révolution tranquille a renforcé l’idée selon laquelle le Québec était une société soudée par des valeurs démocratiques ainsi que par sa langue et sa culture. « Le débat sur les “accommodements raisonnables” qui a eu lieu au Québec a préservé ce semblant d’identité collective unifiée. Les identités qui ne correspondent pas à ce système de valeurs sont par conséquent différentes, “autres” et étrangères au Québec », indique Alan Wong.

Plusieurs événements survenus en 2006-2007 ont contribué à attiser le débat public sur les « accommodements raisonnables » : l’autorisation donnée à un jeune sikh de porter son kirpan cérémonial en cours; l’obligation faite à l’École de technologie supérieure (ÉTS) par la Commission des droits de la personne du Québec d’aménager un lieu de prière pour ses étudiants musulmans; l’objection soulevée par certains membres de sexe féminin d’un YMCA de Montréal d’installer des vitres en verre dépoli par égard pour les membres de la congrégation juive orthodoxe voisine.

À un moment donné, les politiciens ont tout naturellement fini par s’y intéresser. Mario Dumont, l’ancien chef du parti Action démocratique du Québec, adopte le slogan « Nos valeurs communes », qu’il s’engage par ailleurs à défendre. Les déclarations du chef du parti libéral et premier ministre du Québec Jean Charest, de même que celles du chef du Parti Québécois André Boisclair, vont dans le même sens. Tous trois conviennent, pour reprendre les paroles de Jean Charest, que « reconnaître l’autre ne signifie pas s’effacer devant l’autre. »

Pour Alan Wong, les médias se sont fait un malin plaisir à livrer des récits d’immigrants « déraisonnables » réclamant des privilèges au préjudice des valeurs québécoises – une pratique qualifiée de « nouveau racisme ». Les articles et éditoriaux publiés par les journaux ont conforté l’idée selon laquelle les valeurs de la culture majoritaire étaient « raisonnables » et que celles des immigrants, et notamment des immigrants de couleur, étaient à l’inverse « déraisonnables ». Les accommodements revendiqués par des groupes non majoritaires, mais blancs, ont par contre été passés sous silence par les médias.

« La presse a privilégié les voix des blancs et leurs points de vue plutôt que ceux des “autres”, et a préféré s’abstenir lorsque cela servait son propos », explique Alan Wong.

Même si le chercheur a noté quelques améliorations depuis 2007 – grâce en partie à la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles – il estime que la plupart des hypothèses du débat de cette année-là se sont normalisées. En plus d’avoir stimulé l’hostilité à l’égard des minorités ethniques et des immigrants, déjà marginalisés, cette polémique a également oblitéré des questions essentielles. 

« Ce débat a détourné l’attention de questions plus importantes comme la pauvreté, le chômage et les sans-abri – des problèmes qui affectent le quotidien des exclus au Québec, affirme-t-il. Il a porté préjudice aux immigrants de différentes manières – directement en favorisant l’émergence d’un nouveau racisme et indirectement en oblitérant des questions de vie ou de mort. »

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Source :

Fiona Downey
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