Selon une étude de Concordia, les fumeurs âgés de 25 à 44 ans restent généralement insensibles à l’augmentation du prix des cigarettes
Montréal, le 13 juillet 2011 – Mesure de santé publique adoptée par les gouvernements pour encourager les citoyens à « écraser », l’augmentation de la taxation des cigarettes n’incite pourtant pas tous les fumeurs à rompre avec leur funeste habitude. En fait, une étude menée par deux économistes de l’Université Concordia et rapportée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health montre qu’à long terme, seuls les gagne-petit et les représentants de la classe moyenne ont tendance à arrêter de fumer quand il y a majoration des taxes sur le tabac. Par contre, une telle mesure ne suffit pas à persuader les gens âgés de 25 à 44 ans ou les mieux nantis à bannir la cigarette.
« Nous avons découvert que les personnes entre deux âges, soit le groupe de fumeurs le plus important de notre échantillon, se montrent particulièrement insensibles aux hausses de taxes sur les cigarettes. Cette conclusion contredit la plupart des recherches effectuées jusqu’à présent », affirme Sunday Azagba, auteur principal de l’étude et doctorant au Département de sciences économiques de l’Université Concordia. « La taxation est préconisée par les décideurs comme principale mesure antitabac. Cependant, son efficacité dépend largement de la réaction des fumeurs. »
Les chercheurs ont colligé les données recueillies par Statistique Canada et, plus particulièrement, celles qui ont été réunies au cours des années 1998-1999 à 2008-2009 dans le cadre de l’Enquête nationale sur la santé de la population. Ils ont ensuite analysé trois catégories de fumeurs quotidiens : les 12 à 24 ans, les 25 à 44 ans et les 45 à 65 ans.
Selon une théorie généralement admise par les décideurs, plus le prix des cigarettes est élevé, plus les fumeurs cibles, les élèves du secondaire notamment, réduisent leur consommation de tabac. « Dans l’ensemble, les fumeurs des groupes socioéconomiques les plus faibles se révèlent plus sensibles au prix que ceux des classes aisées », explique Mesbah Sharaf, coauteur de la recherche et doctorant au Département de sciences économiques de l’Université Concordia. « Ainsi, une hausse de 10 % du paquet de cigarettes sous forme de taxes entraîne une diminution d’environ 2,3 % du tabagisme. »
Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que les personnes qui ont effectué des études postsecondaires ont moins tendance à fumer que celles qui n’ont pas terminé le secondaire. « Pour un fumeur convaincu de sa maîtrise de soi et sensible au prix, la taxation pourrait servir de dispositif d’autocontrôle, précise M. Azagba. Pour une personne dont la consommation de produits générateurs de dépendance est motivée par des déclencheurs, une hausse de taxes serait inefficace. »
Portrait canadien, portée internationale
Les coûts substantiels au point de vue social, économique et sanitaire qu’engendre l’usage du tabac ont amené de nombreux pays à imposer des taxes toujours plus élevées sur les cigarettes en guise de mesure pour réduire le tabagisme. Selon une évaluation de l’Organisation mondiale de la santé, cinq millions de personnes meurent chaque année dans le monde des suites d’une maladie liée au tabagisme. D’après les prévisions, ce nombre passera à huit millions d’ici 2030.
Au Canada, les cigarettes sont taxées à la fois par le gouvernement fédéral et par les provinces. Si le nombre d’adeptes de la cigarette est en déclin depuis plus de deux décennies, M. Azagba souligne toutefois que « le plus faible pourcentage de fumeurs se trouve chez les femmes mariées, plus âgées, mieux éduquées et bien nanties ».
À propos de l’étude :
Corédigé par Sunday Azagba et Mesbah Sharaf de l’Université Concordia, l’article intitulé « Cigarette Taxes and Smoking Participation: Evidence from Recent Tax Increases in Canada » a paru dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.
Liens connexes :
• Étude citée
• Département de sciences économiques de Concordia
Source :
Sylvain-Jacques Desjardins
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