Montréal, le 8 septembre 2006 —
Atrocités des crimes de masse au Darfour et réponse des radiodiffuseurs du gouvernement soudanais à la pression internationale
Ètude réalisée par Frank Chalk, ph. D., professeur au Département d’histoire à l’université concordia, directeur de l’institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne (MIGS) et Danielle Kelton, stagiaire au MIGS
Le gouvernement du Soudan contrôle étroitement les médias radiotélévisés soudanais afin de limiter les débats dans le pays sur la politique au Darfour et dans le sud du Soudan. Comme ces médias sont de loin les plus accessibles dans un pays où le taux d’alphabétisation n’est que de 61,1 % et que le gouvernement du Soudan exploite tous les postes de radio et de télévision, la censure et la désinformation gouvernementales écartent toute possibilité de discussions sérieuses parmi les 41,2 millions de Soudanais.
La présente étude a examiné et analysé le journal radiotélévisé du gouvernement du Soudan ainsi que les sites Web de ses agences de presse depuis le début de la crise du Darfour en 2003. Les traductions de l’arabe à l’anglais ont été fournies aux auteurs par la souscription au Service de surveillance de la BBC.
Nous avons découvert que le journal radiotélévisé du gouvernement soudanais, ainsi que les sermons suivant les prières du vendredi soir, déformaient constamment les faits survenant au Darfour et dans le sud du Soudan, de même que la réaction internationale face à ces événements. De plus, les radiodiffuseurs du gouvernement taisaient des renseignements importants sur les accords de paix qu’il signait. Il y a donc tout lieu de croire que le gouvernement du Soudan n’a aucunement l’intention d’appliquer ces accords de paix.
Sept thèmes principaux caractérisent les nouvelles diffusées par le gouvernement soudanais :
Le Soudan est une nation souveraine et la participation des Nations Unies constitue de l’ingérence dans les affaires internes du pays, ce qui amoindrirait sa souveraineté.
Le gouvernement soudanais maîtrise bien la situation du Darfour et n’a pas besoin de l’aide internationale. Il se consacre au processus de paix et l’on constate des progrès dans le développement socioéconomique du Darfour.
La pression internationale sur le Soudan équivaut à une attaque hostile contre la nation et à une nouvelle forme de recolonisation.
L’attention que les Nations Unies portent à la crise du Darfour sert les intérêts sionistes et occidentaux, s’inscrit dans un complot international dirigé contre le Soudan et n’est pas motivée par des préoccupations purement humanitaires.
Les Soudanais s’opposent à l’intervention des Nations Unies dans leur région et la solution à leurs problèmes se trouve entre les mains des Darfouriens, qui ne veulent pas d’une ingérence étrangère. Le Soudan résistera par la force, si nécessaire, à toute tentative de l’ONU de poster ses troupes au Darfour.
L’Union africaine est parfaitement capable d’assumer ses responsabilités dans la région du Darfour, sans renforts de l’ONU. Ceux qui doutent des aptitudes de l’Union africaine sont anti-africains.
L’attention internationale sur la crise du Darfour renforce la position de négociation des groupes rebelles et rend improbable la possibilité d’une paix durable dans la région.
Les médias contrôlés par le gouvernement soudanais n’ont pas préparé les Arabes du nord à la perte de revenus qu’entraînerait tout partage sérieux des recettes pétrolières avec le sud et l’ouest, et les ont astreints à considérer les habitants du sud et du Darfour comme des intrus hargneux, désorganisés et arriérés qui ne comprennent pas la difficulté de gouverner le Soudan. Les Arabes du nord ne sont par conséquent pas prêts à trouver un arrangement avec les régions du sud et de l’ouest du pays, qui génèrent la majeure partie de leurs revenus. C’est bien là l’indication que le gouvernement soudanais n’a pas l’intention de respecter ses accords signés préconisant une plus grande autonomie, le partage des revenus et une force de défense intégrée pour les dirigeants des mouvements dissidents du sud et de l’ouest. La communauté internationale occultera cette évidence, à ses risques et périls. La lutte des populations au sud et à l’ouest du Soudan pour une plus grande autonomie, un partage juste des revenus pétroliers et la sécurité contre toute attaque ne vient que de commencer.
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Source :
Nadia Kherif
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