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L’organisme de défense des droits des travailleuses du sexe Stella fait l’objet d’une biographie par l’une de ses membres

Francine Tremblay a rédigé un puissant plaidoyer pour la décriminalisation du travail sexuel et la lutte contre le « stigmate de la pute »
4 août 2020
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Francine Tremblay

En raison du contexte criminalisé de l’industrie du sexe à Montréal, il est difficile de mettre en œuvre des mesures pour protéger les travailleuses du sexe, qui sont plus susceptibles de devenir la cible des agresseurs.

Selon les militantes et militants de la défense des droits des travailleuses du sexe, au fil des décennies, ce milieu criminalisé a entraîné une surveillance policière excessive, a favorisé la discrimination et la stigmatisation, et a restreint l’accès des travailleuses du sexe aux soins de santé et aux services juridiques et sociaux.

De plus, la pandémie en cours a aggravé la situation encore davantage, soutient Francine Tremblay, chargée de cours à temps partiel au Département de sociologie et d’anthropologie et défenseuse des droits des travailleuses du sexe. Elle fait valoir que l’éclosion de COVID-19 a mis en difficulté nos citoyens les plus vulnérables, des femmes pour la plupart. Comme le travail du sexe sort du cadre conventionnel, celles qui le pratiquent sont simplement invisibles et jugées indignes d’une protection financière. On les laisse se débrouiller seules.

Mme Tremblay estime que ces femmes sont victimes d’injustices structurelles ou de discrimination systémique. Les avoir laissées pour compte durant la pandémie de COVID-19 est une forme de violence symbolique – stigmatisées, travaillant dans un milieu criminalisé, elles ne méritent toujours aucune protection, financière ou autre.

Francine Tremblay est en mesure d’observer ces effets de près. Elle est l’auteure d’un livre récent sur l’histoire de Stella, l’amie de Maimie, un groupe montréalais de défense des droits des travailleuses et travailleurs du sexe formé de personnes exerçant ce travail.

Le livre Organizing For Sex Workers’ Rights in Montréal: Resistance and Advocacy, publié par Lexington Books, examine l’histoire de l’industrie du sexe à Montréal au cours des deux derniers siècles, et relate les réussites et les difficultés qui ont marqué le parcours de Stella au fil des ans.

Francine Tremblay conclut en dressant le portrait des regroupements de travailleuses du sexe au Canada et en examinant les stéréotypes persistants liés au travail du sexe. Des stéréotypes qui, selon elle, sont exacerbés par les lois canadiennes.

De Fraser à Harper

L’idée de ce livre lui est venue à la fin de 2014, après l’entrée en vigueur de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, mieux connue sous le nom de projet de loi C-36.

« Je n’arrivais pas à comprendre que malgré l’arrêt de la Cour suprême dans l’affaire Bedford, qui avait mis en lumière les dangers de la criminalisation de l’industrie du sexe, le gouvernement conservateur avait décidé de créer une loi qui rendrait les conditions de travail encore plus dangereuses pour les travailleuses du sexe. D’autant plus que ce projet visant à abolir le travail du sexe, privant au passage les femmes de leurs moyens de subsistance, a été présenté au public comme une “mesure de sécurité” ».

Selon elle, même les termes utilisés dans le texte de loi sont problématiques, car ils reposent sur de vieux préjugés associés à ce qu’elle qualifie de « stigmate de la pute ».

« Ce stigmate renforce la perception que les travailleuses du sexe sont des criminelles, des vecteurs de maladies, des victimes immorales et des droguées. Lorsque les gens du public utilisent le mot “pute”, c’est exactement cette idée qui leur vient à l’esprit : elle ne mérite pas d’être protégée, et son travail n’en est pas vraiment un. »

Malgré tout, elles travaillent

Malgré un climat d’opposition et d’adversité omniprésent, les femmes de Stella étaient à pied d’œuvre. Elles ont pris les mesures nécessaires pour promouvoir la santé et la sécurité de leurs collègues.

Elles ont adopté des stratégies de prévention, notamment en distribuant des condoms et du matériel d’injection sécuritaire. Elles ont également créé une liste de mauvais clients et agresseurs, qui identifie les personnes qui ont agressé ou volé les travailleuses du sexe. En 2005, Stella a organisé le Forum XXX, un congrès international sur les droits des travailleuses du sexe.

Cependant, Stella a connu sa part de difficultés au fil des ans. Au début des années 2000, son projet pilote de création d’une zone sans arrestations policières pour les travailleuses du sexe a soulevé un véritable tollé. Les organisatrices espéraient protéger les travailleuses, mais le projet a échoué après s’être heurté à une forte opposition locale.

Selon la chercheuse et ses collègues, le travail du sexe remet en question le droit des femmes à exercer le travail de leur choix.

« La vérité, c’est que ces travailleuses se réveillent chaque matin et prennent une décision qui leur permettra de payer leur loyer. Les femmes veulent être indépendantes et elles ont besoin des ressources financières nécessaires pour être autonomes ».

Malheureusement, vivre et travailler dans la crainte constante d’être arrêtée par la police ou d’être la cible de violences n’aide en rien ces femmes, comme le prouve la récente série de meurtres de travailleuses du sexe au Québec et au Canada.

« Si le gouvernement ne peut acquiescer à nos demandes, pourrait-il à tout le moins reconnaître les dangers associés à la criminalisation de la vie et du travail des travailleuses du sexe et reconnaître leur autonomie? »

 

Pour en savoir davantage au sujet du livre : « Organizing For Sex Workers’ Rights in Montréal: Resistance and Advocacy ».

Apprenez-en davantage sur le Département de sociologie et d’anthropologie de Concordia.



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