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Selon une recherche de Concordia, les bambins plus aptes à « lire dans les pensées » apprennent avec plus de discernement

Une nouvelle étude détermine les fonctions cognitives avancées qui permettent aux jeunes enfants de détecter un interlocuteur peu fiable
17 mai 2018
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Par J. Latimer

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Lorsque les bambins apprennent de nouveaux mots des adultes, ils évaluent constamment la fiabilité de ces derniers selon un processus appelé l’apprentissage social sélectif.

« Une décennie de recherches prouve que les enfants en bas âge peuvent différencier les sources d’information fiables et non fiables », affirme Diane Poulin-Dubois, professeure de psychologie à la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia.

« Ils choisissent ainsi à qui faire confiance et de qui apprendre. Or, notre étude est allée plus loin en examinant le mécanisme sous-jacent. »

La Pre Poulin-Dubois, qui est également directrice fondatrice du Laboratoire de recherche sur le développement de la cognition et du langage, a corédigé l’étude récemment parue dans Developmental Science. Cristina Crivello, doctorante en psychologie clinique à Concordia, en était la chercheuse principale, avec Sara Phillips.

« Nous nous sommes demandé si la “théorie de l’esprit” – relative aux capacités cognitives d’ordre supérieur qui aident à prédire le comportement d’autrui ainsi qu’à lui attribuer des connaissances et un état d’esprit – et les compétences d’apprentissage statistique jouaient un rôle dans l’apprentissage social sélectif chez les enfants en bas âge », explique la Pre Poulin-Dubois.

L’apprentissage statistique est le processus selon lequel une personne acquiert de l’information en identifiant des modèles et en détectant des caractéristiques régulières dans son environnement.

« Nos résultats donnent à penser que seules les capacités liées à la théorie de l’esprit jouent un rôle. »


Un débat passionné opposant deux interprétations

Tous les chercheurs du domaine ne sont pas du même avis.

Un débat est d’ailleurs en cours sur l’apprentissage social sélectif et ses interprétations.

Cecilia M. Heyes, agrégée supérieure de recherche en sciences théoriques de la vie à l’Université d’Oxford, postule que les capacités cognitives d’ordre inférieur – c’est-à-dire l’apprentissage associatif – sont les seules compétences à influer sur l’apprentissage social sélectif chez les enfants en bas âge.

« D’après cette théorie “allégée”, l’apprentissage sélectif observé durant la petite enfance n’exige aucune compétence cognitive sophistiquée, explique Diane Poulin-Dubois. Un large éventail d’animaux présentent aussi cette capacité et n’ont pas de compétences cognitives d’ordre supérieur comme le langage. »

Les chercheuses de Concordia penchent plutôt pour l’interprétation « riche » voulant que les fonctions cognitives d’ordre supérieur – comme celles de la théorie de l’esprit – soient essentielles à la capacité des jeunes enfants d’apprendre sélectivement des autres.

L’étude a ainsi révélé que les enfants qui affichaient une meilleure compréhension du comportement et des pensées d’autrui étaient plus sélectifs quant à leur source d’apprentissage et moins susceptibles d’apprendre d’un interlocuteur peu fiable.


77 petits, 4 jeux

Afin de mieux comprendre la nature de l’apprentissage social sélectif, 77 enfants âgés de 18 mois ont été exposés à un interlocuteur fiable ou peu fiable. Par exemple, l’interlocuteur peu fiable appelait une chaussure une « bouteille ». Les enfants ont ensuite effectué une tâche d’apprentissage de mots et d’apprentissage statistique ainsi que deux tâches liées à la théorie de l’esprit.

« Avec ces tâches, nous voulions voir si les enfants en bas âge pouvaient prédire le comportement de l’expérimentatrice et sa préférence pour certains objets – ce qui était le cas », affirme Diane Poulin-Dubois.

Afin d’évaluer l’apprentissage statistique, les tout-petits devaient deviner la préférence de l’expérimentatrice pour un jouet en fonction de son choix préalable dans une boîte pleine de jouets.

Une autre tâche servait à mesurer les capacités des bambins au regard de la théorie de l’esprit. L’enfant observait d’abord une expérimentatrice jouer avec deux jouets. L’expérimentatrice quittait ensuite la pièce et un nouveau jouet – un petit boulier – était placé sur un plateau avec les autres jouets devant l’enfant. Celui-ci pouvait voir que l’expérimentatrice n’avait pas joué avec le nouveau jouet.

À son retour, l’expérimentatrice semblait surprise et enthousiaste au sujet de quelque chose sur le plateau de jouets. Elle demandait à l’enfant de lui donner le jouet qu’elle désirait, sans préciser duquel il s’agissait.

L’enfant lui remettait le boulier.

« Cela montre que l’enfant était en mesure de déduire ce que l’expérimentatrice savait en fonction de son contact avec les objets, ce qui est assez avancé comparativement aux rats », explique la Pre Poulin-Dubois.

« Les rats sont en effet à même d’apprendre, mais ils ne possèdent pas de capacités cognitives avancées. Ils ne peuvent ni lire dans les pensées d’autrui ni conjecturer sur son état d’esprit, ses intentions et ce qu’il sait ou ne sait pas. »

Même si les enfants âgés d’un an et demi n’ont pas pleinement développé les capacités liées à la théorie de l’esprit, la chercheuse soutient que leur capacité d’analyser le comportement des autres les aide à apprendre sélectivement.


Parents, prenez note

Diane Poulin-Dubois souligne que certains parents pourraient penser que leurs jeunes enfants ne comprennent pas du tout les comportements humains.

« Les parents et les éducateurs devraient pourtant être sensibles aux demandes d’information des enfants en bas âge. Lorsque l’enfant demande “qu’est-ce que c’est?” ou montre simplement quelque chose du doigt, ils doivent non seulement répondre, mais répondre avec précision, ou l’enfant deviendra moins réceptif, ce qui pourrait ralentir son acquisition de connaissances », conclut-elle.


Lisez l’article publié, « Selective social learning in infancy: looking for mechanisms ».

 



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