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L’Initiative ceinture et route lancée par la Chine au coût de 8 billions de dollars : une « occasion unique » de rehausser les normes environnementales mondiales

Dans un article publié par Nature Sustainability, le chercheur de Concordia Jochen Jaeger plaide pour le développement responsable
15 mai 2018
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Par Patrick Lejtenyi

Photo par JB Dodane,  Flickr Creative Commons Photo par JB Dodane (Flickr CC)


L’Initiative ceinture et route (ICR), que la Chine entend faire rayonner sur la moitié du globe, pourrait devenir un modèle de développement responsable, à condition que certains critères soient respectés.

C’est du moins la thèse présentée dans un article publié récemment par la prestigieuse revue Nature Sustainability et corédigé par Jochen Jaeger, chercheur à l’Université Concordia.

Lancée en 2013, l’ICR consiste en un impressionnant programme d’investissements et de développement d’infrastructures qui se déroulera sur plusieurs décennies et devrait toucher au moins 64 pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe. D’ici 2049, environ 8 billions de dollars auront été dépensés pour quelque 7 000 projets individuels dans le cadre de cet effort surnommé « nouvelle route de la soie ».

L’ICR vise l’expansion de routes commerciales terrestres existantes et l’établissement de nouveaux ports en eau profonde aux quatre coins des océans Indien et Pacifique. Selon le gouvernement chinois, le projet touchera les deux tiers de la population de la planète et un tiers de son économie.

Jochen Jaeger est professeur agrégé au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de Concordia et directeur du programme d’études supérieures en évaluation environnementale de l’Université. À son avis, la communauté internationale a le devoir commun d’atténuer l’énorme empreinte de l’ICR.

« C’est maintenant que la Chine peut agir pour garantir le respect des normes environnementales les plus strictes », explique-t-il.

« Toutefois, les banques internationales qui financent l’initiative doivent assortir leurs prêts de conditions relatives à l’exécution d’études d’impact de grande qualité, ajoute-t-il. Si l’ICR doit se réaliser, il faut saisir l’occasion d’assurer l’application des normes les plus rigoureuses. »

Le gouvernement chinois vante l’initiative comme moyen de resserrer les liens entre les économies en développement et favoriser leur croissance. Or, d’après l’article, rédigé par des chercheurs du Canada, des États-Unis, d’Europe, de Chine et d’Australie, quels que soient ses résultats visés, l’ICR doit être très soigneusement gérée si l’on veut prévenir des répercussions environnementales importantes et étendues.

Du reste, un récent rapport du Fonds mondial pour la nature affirme que les corridors de développement économique de l’ICR peuvent perturber 1 739 zones clés pour la préservation de la biodiversité, principalement en Asie du Sud-Est et en Afrique tropicale. Ces zones abritent 265 espèces menacées, dont 39 sont en danger critique d’extinction.

Image par MERICS. Image par MERICS.

Spécialiste en écologie paysagère et routière, Jochen Jaeger a étudié l’impact de la construction de nouvelles routes sur la faune et la flore locales. Selon lui, l’ICR pourrait devenir une plateforme pour de nouvelles normes en matière de construction routière et d’atténuation des impacts si les évaluations environnementales menées tiennent réellement compte des preuves scientifiques disponibles en matière d’écologie routière.

« Par exemple, tout nouveau projet devrait prendre en considération l’impact de la mortalité routière sur les populations fauniques, l’effet de barrière sur les déplacements des animaux, la propagation des espèces envahissantes, et l’accès accru des braconniers aux populations fauniques », poursuit-il.

« Le mieux serait d’abord d’éviter les secteurs ayant une riche biodiversité, sans oublier d’autres facteurs comme l’extraction de matières premières. Par exemple, l’extraction de sable a déjà dépassé son taux de renouvellement naturel et cause de graves répercussions sur des deltas et des écosystèmes côtiers et marins se trouvant très loin des chantiers de construction routière. »

Le changement climatique est également un problème de taille. Selon M. Jaeger, « les vastes sommes qui seront investies dans les pipelines en vertu de l’ICR entraîneront une hausse du taux d’exploitation des réserves de pétrole et de gaz, ce qui entretiendra encore plus la dépendance de la planète aux combustibles fossiles, en plus de contribuer aux émissions de gaz à effet de serre. »

En outre, l’article évoque la nécessité d’obtenir du financement pour appuyer la recherche et surveiller les différents impacts environnementaux de l’ICR. Une planification approfondie devrait permettre de créer un réseau de zones protégées et de préserver les corridors écologiques touchés par l’ICR.

L’article conclut que « la Chine et tous les pays participant à l’ICR devraient agir comme des modèles environnementaux en établissant un cadre rigoureux d’évaluation environnementale pour la construction d’infrastructures de même qu’en adaptant les travaux aux différents contextes naturels et socioéconomiques locaux et régionaux. L’ICR peut s’avérer une occasion unique d’élever la barre et d’établir des normes plus strictes qui resserreront les liens entre conception et construction d’infrastructures, d’une part, et protection actuelle et future de l’environnement, d’autre part ».



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